Marc DESGRANDCHAMPS

 

Douceur électrique (2017)

 

Des paysages aux couleurs d’une douceur électrique de néons teintés servent de fond aux scènes peintes par Leslie Amine.

La végétation tropicale faite de fougères et de palmes évoque l’artifice d’une  jungle minutieusement reconstituée pour le décor d’un film où des figures animales et humaines sont les acteurs de représentations intrigantes.

Ainsi une femme vêtue d’une robe aux motifs de losanges tient par la main une enfant qui se retourne vers le corps translucide d’un homme surgissant de profil. Ils sont au bord d’un étang sur lequel les ombres de la femme et de l’enfant s’allongent comme si la surface en était solide. Ces ombres amènent le regard vers l’esquisse rougeoyante d’un plongeur qui se penche vers elles. Des figurines également rougeoyantes parcourent les frondaisons de la rive opposée où se voit à nouveau, partiellement dissimulée dans les feuillages, la silhouette de l’homme translucide.

En observant attentivement ce personnage masculin situé à l’avant-scène, on aperçoit un perroquet peint dans et sur son buste. S’agit-il d’un tatouage ou d’une présence réelle, indépendante du corps qui lui sert de support ? Ici les figures se lient, s’assemblent et se délient en un fondu-enchaîné qui a le tranchant et la  déliquescence d’un rêve. 

Seules les figures de la femme et l’enfant semblent solides, elles sont les seules à avoir une ombre, en témoignant du monde physique au sein d’un univers où la végétation a l’hyperréalité d’un studio de tournage. Pour un spectateur tenté par la psychologie, et c’est mon cas, elles témoignent aussi de l’émotion qui les réunit au moment où elles se tiennent en un geste ferme et fragile.

Ces tableaux sont des récits sans récit. Le lieu est incertain, l’action inconnue, les dialogues muets. La peinture est l’art du silence. Une sorte d’énigme se dégage des compositions et le regardeur est tenté d’agir en détective de ces univers secrets.

Pourtant des échos d’impressions dont la source demeure hors du cadre se donnent  à voir en ces oeuvres.

Cet hors cadre sont les multiples expériences et mémoires de Leslie Amine, lesquelles viennent se recomposer sur la toile. Mémoires de pays, de voyages, d’instants, d’images, de peintures, un ensemble de choses vues, ressenties, traversées et choisies. Il s’agit d’un flux de couleurs et de formes, d’une circulation fluide où se voit entre réalité et virtualité la mobilité morcelée du monde d’aujourd’hui au travers d’une vision, celle d’une artiste, Leslie Amine.

 

 

Electric softness (2017)

 

Landscapes with the soft electric colours of tinted neon lights serve as backgrounds for the scenes painted by Leslie Amine.

The tropical vegetation made of ferns and palms evokes the artifice of a jungle meticulously reconstituted for the set of a film where animal and human figures are the actors of intriguing representations.

A woman dressed in a diamond-patterned dress holds a child in her hand, who turns towards the translucent body of a man appearing in profile. They are at the edge of a pond on which the shadows of the woman and the child lie as if the surface were solid. These shadows bring the gaze to the glowing sketch of a diver leaning towards them. Equally glowing figurines run through the foliage on the opposite bank, where the silhouette of the translucent man can once again be seen, partially hidden in the foliage.

If you look closely at this male figure in the foreground, you can see a parrot painted in and on his bust. Is it a tattoo or a real presence, independent of the body that supports it? Here the figures link, assemble and untie themselves in a fade in and fade out that has the edge and deliquescence of a dream. 

Only the figures of the woman and the child seem solid, they are the only ones to have a shadow, bearing witness to the physical world within a universe where the vegetation has the hyperreality of a film studio. For a spectator tempted by psychology, and this is my case, they also bear witness to the emotion that unites them as they stand in a firm and fragile gesture.

These paintings are narratives without narrative. The place is uncertain, the action unknown, the dialogues silent. Painting is the art of silence. A kind of enigma emerges from the compositions and the viewer is tempted to act as a detective of these secret universes.

Yet echoes of impressions whose source remains outside the frame can be seen in these works.

This out of frame are the multiple experiences and memories of Leslie Amine, which come to be recomposed on the canvas. Memories of countries, travels, moments, images, paintings, a set of things seen, felt, crossed and chosen. It is a flow of colours and shapes, a fluid circulation where the fragmented mobility of today’s world is seen between reality and virtuality through a vision, that of an artist, Leslie Amine.